PPE 3 : Fin de l’incertitude et retour du nucléaire. Quel impact pour notre filière ?
Décryptages
Après deux années d’attente et de débats politiques et techniques soutenus, la troisième Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE 3) a été publiée par décret le 13 février 2026.
Si ce texte a le mérite de fixer enfin un cap réglementaire, il entérine un changement de paradigme majeur par rapport à la PPE 2 : la priorité donnée au nucléaire et un ralentissement assumé de la trajectoire de croissance des énergies renouvelables sur le territoire continental.
Corsica Sole vous propose un décryptage des enjeux pour notre secteur.
Il est essentiel de rappeler que cette PPE 3 fixe une trajectoire pour la France continentale.
Les zones non interconnectées (ZNI) — dont la Corse et les territoires ultramarins — disposeront prochainement de leurs propres déclinaisons programmatiques. Ces territoires présentent des réalités énergétiques structurellement différentes.
Dans les ZNI, le nucléaire n’est pas une option crédible.
La souveraineté énergétique et la décarbonation reposent donc nécessairement sur :
une montée en puissance des énergies renouvelables ;
le déploiement massif de solutions de stockage ;
l’optimisation de la flexibilité et du pilotage du système électrique.
Dans ces systèmes insulaires, les énergies renouvelables couplées au stockage constituent le socle de la souveraineté énergétique.
Un signal politique fort : priorité au nucléaire
C’est depuis la salle des machines du barrage de Saut-Mortier que le Premier ministre Sébastien Lecornu a présenté la feuille de route énergétique de la France pour la prochaine décennie. En évoquant explicitement le « plan Messmer » de 1974, l’exécutif affirme clairement sa priorité : renforcer la souveraineté énergétique par l’atome, avec un développement plus sélectif des énergies renouvelables.
La PPE 3 officialise ainsi la relance du nucléaire avec un programme de 6 à 14 nouveaux réacteurs EPR2. Toutefois, le calendrier industriel reste contraint : aucune mise en service n’est envisagée avant 2038.
Des objectifs renouvelables revus à la baisse
C’est le point le plus sensible du décret pour notre filière. L’État a choisi de privilégier une trajectoire dite « maîtrisée », en réduisant les volumes initialement envisagés lors du projet soumis à consultation en mars 2025.
Solaire photovoltaïque : L’objectif est désormais fixé entre 55 et 80 GW à l’horizon 2035. Ce niveau reste significatif mais se situe en deçà des scénarios hauts défendus par la filière — tout en évitant le scénario redouté d’un moratoire.
Éolien terrestre : L’ambition est ramenée entre 35 et 40 GW. La stratégie met l’accent sur le repowering (renouvellement des parcs existants) plutôt que sur l’ouverture de nouvelles zones, ce qui limite mécaniquement les perspectives de développement foncier.
Éolien en mer : L’objectif est abaissé à 15 GW, contre 18 GW dans la version précédente.
Cette PPE 3, qui fixe une trajectoire énergétique ayant pour conséquence de ralentir artificiellement la croissance des énergies renouvelables, peut sembler incompréhensible car elle est à contre-courant de ce qui se passe dans le reste de l’Europe et du monde. Pour la comprendre, il ne faut pas l’analyser uniquement sous l’angle du mix électrique français : ses motivations s’inscrivent aussi dans un contexte géopolitique plus large et dans l’affirmation de la puissance nucléaire française.
Conséquences pour la filière
Cette contraction des volumes fait peser un risque de ralentissement industriel. Les organisations professionnelles, dont France Renouvelables, alertent déjà sur la possibilité d’un « trou d’air » affectant l’emploi et la dynamique d’investissement, alors même que la structuration industrielle nationale s’était récemment consolidée.
Les renouvelables restent indispensables à la décarbonation
Malgré la relance nucléaire, la réalité du calendrier impose un constat clair : durant les 12 prochaines années, le parc existant devrait au mieux stabiliser sa production autour de 380 TWh.
Dans le même temps, les objectifs climatiques demeurent inchangés : la part des énergies fossiles doit passer de 60 % à 40 % de la consommation finale d’ici 2030.
Or, l’électrification des usages (transport, industrie, chauffage) va mécaniquement accroître la demande d’électricité décarbonée.
Le nucléaire ne pourra pas absorber seul cette hausse avant la fin de la décennie suivante. En pratique, malgré des objectifs réduits, le solaire et l’éolien restent les seules capacités mobilisables à court et moyen terme pour augmenter rapidement la production d’électricité bas-carbone d’ici 2038.
Malgré le ralentissement, une croissance solaire significative
Il convient néanmoins de rappeler un point structurant : malgré l’ajustement des volumes, la PPE 3 programme une progression importante du solaire en France.
Dans ce contexte de hausse de la demande et d’exigence climatique accrue, le solaire demeure la capacité la plus rapidement mobilisable à grande échelle, tout en restant une énergie peu chère et infinie.
Nous accueillons donc avec soulagement le maintien d’une trajectoire de croissance significative pour la filière photovoltaïque.
ZNI : renouvelables et stockage, piliers de la souveraineté
Dans les territoires non interconnectés, la logique est encore plus claire.
Sans nucléaire possible, la souveraineté et la décarbonation passeront exclusivement par :
la production renouvelable locale ;
le stockage d’énergie à grande échelle ;
l’hybridation des installations ;
la gestion fine de la flexibilité.
Ces territoires constituent aujourd’hui des laboratoires avancés du système électrique de demain.
Un cadre plus exigeant, un marché plus sélectif
La PPE 3 ne ferme pas le marché, elle élève le niveau d’exigence.
Dans un environnement où la stabilité réseau, la bancabilité et la robustesse technique deviennent déterminantes, les acteurs capables d’intégrer production, stockage et pilotage disposent d’un avantage stratégique.
Chez Corsica Sole, notre modèle repose précisément sur :
la maîtrise de projets complexes, notamment en zones non interconnectées ;
l’intégration du stockage comme composant stratégique ;
l’hybridation et la gestion de la flexibilité ;
une approche intégrée, du développement à l’exploitation.
La transition énergétique entre dans une phase plus mature, plus structurée et plus sélective.
Nous sommes prêts à y contribuer.